Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 08:18
alambic

A Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), un alambic ambulant s'installe encore tous les ans au bord de la rivière, à l'entrée de la ville. Les effluves d'alcool s'échappent au petit matin, tandis que quelques paysans attendent en grelottant que la distillation soit terminée. Le bouilleur de cru ( c'est le nom de celui qui a amène la marchandise à l'alambic) est la personne qui possèdait de père en fils le privilège de faire transformer les fruits fermentés en eau-de-vie. Privilège aboli depuis 1960 mais cependant toléré pour ceux qui possédaient un droit antérieur à cette date. Ainsi voit-t-on encore, pendant les mois d'hiver, fumer la chaudière alimentée par du bois que fournit en général le bouilleur de cru.

Vieille tradition qui remonte au moins au XIIIème siècle. Selon le dictionnaire "Le Littré", le mot "Alambic" est présent dans le Roman de la Rose, un des textes emblématiques de la littérature médiévale:

Por quoi donc en tristor demores ?
Je vois maintes fois que tu plores
Cum alambic sus alutel
(Roman de La Rose, 6406)

alchimiste-alambic-gregor-reisch-margarita-philosophica
L'alchimiste et son alambic
(Reisch Gregorius, vers 1470-1525)

Les provinces où la langue d'Oc est employée utilisaient le mot  elambic. Toutes les langues romanes emploient le mot:  en provençal, alambi, en espagnol alambique, en italien lambicco, limbicco. Ce mot  est cependant venu aux Occidentaux par l'intermédiaire des Arabes, comme l'indique l'article arabe qu'il a conservé ( al ambiq) et dérive du terme grec qui signifie vase, et en particulier vase à distiller.

Un médecin de Florence, nommé Thaddeo, employa l'eau-de-vie dans ses remèdes. On prétendait alors que celle-ci prolongeait la santé, dissipait les humeurs superflues, ranimait le cœur et conservait la jeunesse. "Déjà, seule ou réunie avec quelque autre remède convenable, elle guérit la colique, l'hydropisie, la paralysie, la fièvre quarte, la pierre, » écrivait Aranaud de Villeneuve dans son "Traité de conservation de la jeunesse". L'eau-de-vie fut considérée comme un élixir, la fabrication et la vente du produit "miracle" fut d'abord le privilège exclusif des apothicaires et des chimistes. En 1514, Louis XII accorda aux vinaigriers la distillation de l'eau-de-vie. Puis le  privilège passa aux distillateurs car les vinaigriers cumulaient trop d'avantages...

Par Christian Bélingard - Communauté : Vélo, culture et patrimoine
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    Editions Sud-Ouest, 2001
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