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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 12:09

Dés le IXème siècle, le rocher de Chillon, dominé par les Alpes valaisannes et avec pour miroir le lac Léman, est occupé par une tour isolée du rivage et sans pont-levis. Le comte Wala, qui a commandé les armées de Charlemagne, y est prisonnier en 830.

 Chillon 6906

 

photo: C.Belingard

 

Au commencement du XIème siècle, l'évêque de Sion, Hugues, en est le propriétaire. Le nom de Chillon apparait pour la première fois dans un acte en 1150. Les évêques de Sion sont encore propriétaires du lieu au début du XIIème siècle. Les princes de Savoie leur prêtent hommage.

Le grand monument féodal est construit sous le règne de Pierre de Savoie (1203-1268), qui posséde la plupart des terres du pays de Vaud. Il façonne la forteresse dans laquelle il célébre en 1265 ou 1266 sa victoire lors de la célèbre bataille de Chillon. A cette époque en effet, un des rivaux ( peut-être Rodolphe de Habsbourg) a tenté en vain le siège du château. Le triomphe de Pierre de Savoie est capital car il est désormais assuré de conquérir totalement le pays de Vaud.

La maison de Savoie reste propriétaire de la forteresse de Chillon jusqu'en 1536. A cette date, les Suisses ( plus précisément les Bernois) s'en emparent. Pendant plus de 260 ans le château sert alors de forteresse, d'arsenal et de prison.  A la révolution vaudoise de 1798, les Bernois quittent Chillon. L'Etat de Vaud en devient propriétaire à la création du canton en 1803. La restauration du monument commence à la fin du XIXème siècle et se poursuit encore aujourd'hui.

 

Des prisonniers politiques et religieux au fil des siècles

 

Après le comte Wala au IXème siècle, il faut mentionner l'emprisonnement des Juifs persécutés en 1348 ( on les accusait d'empoisonner les fontaines du pays et on les jetait dans les souterrains de Chillon). D'autres prisonniers célèbres sont passés par les geôles de la forteresse: en 1384 Pierre Gerbais, trésorier général de Savoie ( libéré sur ordre du Pape), en 1445 Guillaume Bolomier, chancelier de Savoie, ont connu ce triste sort. En 1530, le prieur de Saint-Victor, François de Bonivard y est conduit alors qu'il vient de prendre parti pour la Réforme. C'est ce prisonnier qui a inspiré Lord Byron pour son célèbre poème "Le prisonnier de Chillon":

 

Au bord du lac Léman le château de Chillon

Sur un roc est construit et l'eau partout l'entoure

 

 

 

Le donjon de Chillon

Cette tour carrée date selon toute vraisemblance du XIème siècle. A l'époque féodale, sa porte n'est accessible qu'à l'aide d'une échelle ou d'un pont-levis. Au fil des siècles, il a été tour-refuge, observatoire de défense, résidence provisoire, entrepôt, prison et magasin à poudre. Le donjon a été surélevé à deux reprises. Sa hauteur actuelle est d'environ 25 m.

donjon.jpg

 

Diaporama:

pour découvrir en photos le château de Chillon, voici notre diaporama

 

Bibliographie:

 

Dictionnaire historique, géographique et statistique du Canton de Vaud, par David Martignier et Aymon de Crousaz, Lausanne, 1867

 

 

 

 

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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 14:56

Edifiée au rebord d'une falaise et dominant le petit village de Gintrac ( Lot), cette ancienne forteresse est aujourd'hui en ruines. Mais il en reste suffisamment de vestiges pour que l'on puisse y reconnaître une des pièces maîtresses du patrimoine castral médiéval du Lot. L'étude monumentale, publiée par Gilles Séraphin en avril 2007, en apporte une brillante démonstration. On peut encore identifier plusieurs éléments de la construction qui est caractéristique de l'architecture militaire du début du XIIIème siècle : chambres de tir voutées en berceau, archères, cheminée médiévale dont subsistent deux chapiteaux, vestiges d'un couloir de latrines, autant de preuves de l'usage défensif qui était dévolu à cette maison forte.

                  Taillefer.JPG

le château dit de "Taillefer" ou du "Bastit" photo: R.Mazerolas- 18 mai 2014

 

Le "château", qui est  bâti sur une corniche dominant la vallée de la Dordogne, est connu sous deux appellations. Celle de "Taillefer" fait référence à une ancienne famille bourgeoise de Martel qui aurait donné son nom à un hameau situé sur le flanc ouest du site. Le toponyme "Taillefer" a été sans doute utilisé à tort pour désigner le château. Il y aurait eu confusion avec un autre château probablement disparu qui dominait lui aussi la Dordogne au-dessus de Gluges. L'autre appellation, "château du Bastit", ferait explicitement référence à la commanderie des templiers du  Bastit-du-Causse (de Gramat).

 

 

 

Force est de constater que l'emplacement de la forteresse est proche d'un carrefour routier majeur. La commanderie du Bastit-du-Causse fut implantée au carrefour des routes Cahors - Turenne, Gourdon - Miers - Copeyre - Martel - Hôpital St. Jean et Rodez - Gourdon. Et l'on sait aussi qu'un des itinéraires majeurs reliant le Limousin à Compostelle passait par Saint-Léonard, Uzerche, Brive, Rocamadour, et Cahors. On remarque, par exemple, que Louis XI, au retour d'un vaste périple dans le Sud-Ouest regagna la Touraine depuis Toulouse en juin-juillet 1463, faisant étape à Rocamadour, Martel, Brive, Uzerche, Limoges, Saint-Junien et Lussac.*

cheminee-taillefer.JPG 

photo. R.Mazerolas

* lettres de Louis XI, édition J. Vaesen et B. de Mandrot, société de l'Histoire de France, TXI, PARIS, 1909, itinéraire p 18-24

 

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 11:43

Parmi les grands sanctuaires du pèlerinage roman, la monumentale basilique Notre Dame d'Orcival est un vrai joyau, une perle rare incrustée dans cette vieille terre d'Auvergne où se sont installées des croyances ancestrales bien avant l'ère chrétienne. Située dans cette vallée verdoyante et resserrée où coule le Sioulet, Notre Dame d' Orcival a été construite pour le peuple de la montagne. Nous sommes ici au pays des volcans, extraordinaire alignement de cratères où se mêlent le tons rouille de la pouzzolane et le profond anthracite de la pierre de lave. Orcival est situé par ailleurs au carrefour des chemins de transhumance, qui conduisent les troupeaux jusqu'aux estives depuis la nuit des temps. 

chevet de la basilique d'Orcival

PHOTO/R.MAZEROLAS

Au commencement, il y avait une source. Orcival se dit Ourchaveau dans le dialecte occitan utilisé par les descendants des pâtres arvernes, ce qui veut dire "vallée de la source". Cette fontaine miraculeuse fut christianisée, comme cela s'est fréquemment produit à l'aube des temps mérovingiens. Première église, premières reliques, premières processions dont on perpétue encore le souvenir, chaque année pour l'Ascension. Un cortège de pèlerins, partant de la basilique, se rend pieds nus jusqu'à cet endroit connu sous le nom de "Tombeau de la Vierge": "La statue de la Vierge est alors recouverte d’un manteau de drap doré et des couronnes de cuivre doré serties de pierres précieuses sont apposées sur les têtes de la Vierge et de l’Enfant Jésus" explique Michel Rossi, auteur d'une remarquable notice sur cette étonnante basilique romane qu'on dit construite en pierre de Volvic, comme la cathédrale de Clermont-Ferrand.

 

Certains auteurs citent une chronique provençale du XIIIe siècle, qui indique qu'une relique de la Vierge aurait été apportée à Orcival en 378. D'autres mentions de reliques seraient également faites en 878, indiquant la provenance de Pont-l’Abbé. A cette époque fut construite une première église pour les abriter, mais elle fut rasée probablement par les envahisseurs normands.

Il est acquis que les comtes d'Auvergne, associés à l'évêque de Clermont, et soutenu par des vassaux, décidèrent faire édifier la basilique que nous voyons aujourd'hui au XIIème siècle. Un chapitre de chanoines est attesté en 1245. En 1385, la notoriété de Notre-Dame-d'Orcival s'était étendue à l'ensemble du royaume de France. Louis II, duc de Bourbon, vint lui offrir son pennon. Il le lui avait voué au siège de La Roche-Sennadoire, après avoir vaincu les Anglais.

Pour que cette église puisse perpétuer la tradition ancestrale du pèlerinage qui avait vu le jour dés le premier millénaire, il avait fallu en effet y adjoindre un trésor.  Vers 1170, une Vierge en majesté, fut réalisée à Orcival. La statue est faite de bois de noyer recouvert dès l’origine de minces feuilles d’argent et de vermeil. Le modèle sur lequel fut réalisé la "Vierge en or" d'Orcival parait être une telle statue dorée commandé par l'évêque de Clermont en 946. Le visage est superbe, avec à la fois cette beauté hiératique des déesses égyptiennes et un sourire à peine esquissé qui la rend touchante et proche. Cette statue fut longtemps conservée dans la crypte, elle aussi particulièrement impressionnante sur le plan architectural.

08052014-IMG_2440.jpg

PHOTO/R.MAZEROLAS

La pierre grise aux reflets violacés qui a permis de construire la basilique provient de Volvic, selon Raymond Oursel qui fait observer que la cathédrale de Clermont a elle aussi bénéficié du même matériau. On prêtera une attention particulière aux chapiteaux, avec une mention spéciale pour le "fol dives" ( expression qui signifie "le riche, ce fou", lequel est montré avec la bourse au cou, marque de son châtiment).

Autre détail important: une fontaine  jaillissait jadis dans le fond du narthex, selon Michel Rossi. Il faut y voir une relation avec les nombreux miracles attribués à  la Vierge d'Orcival comme ramener à la vie des enfants mort-nés, ce qui incombait auparavant à la source miraculeuse. Elle était implorée aussi pour la fécondité et de la grossesse, de la conception à la naissance. Enfin, une autre tradition est née à l'époque moderne cette fois: au fil des siècles la Vierge en or d'Orcival est devenue Notre-Dame-des-Fers. On cite plusieurs libérations miraculeuses de prisonniers innocents ou de bagnards délivrés par l’intercession de la Vierge d'Orcival. Les chaines et boulets accrochés en façade Sud en témoignent, rappelant notamment les miracles attribués au Moyen-Age à Saint-Léonard-de-Noblat en Limousin., patron des prisonniers.

 

N.B.: cet article contient un diaporama ( si on utilise certains navigateurs comme Safari, il n'apparaît pas mais on peut retrouver ce diaporama en cliquant sur ce lien)

 

 

 

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 15:36

Le médiéviste français de renommée internationale Jacques Le Goff, l'un des pères de la "Nouvelle histoire", est décédé mardi à Paris à l'âge de 90 ans, a annoncé sa famille au Monde.

Pendant sa longue carrière, Jacques Le Goff s'est consacré à l'anthropologie médiévale, dont il a modifié l'approche en abordant tous les aspects de la vie en société. Dans la tradition des grands historiens français, ce médiéviste n'hésitait pas non plus à quitter sa période de prédilection pour aborder l'actualité.

 

Jacques Le Goff

Né le 1er janvier 1924, normalien, agrégé d'histoire en 1950, ce brillant historien succède en 1972 à Fernand Braudel à la tête de l'Ecole pratique des hautes études, devenue en 1975 l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

Son premier livre, "Les intellectuels au Moyen Age" (1957), l'impose à seulement 35 ans comme l'héritier de l'Ecole des Annales, qui bouleversa l'approche historique dans les années 1930. Il dirigera d'ailleurs à partir de 1967 la prestigieuse revue des "Annales".

Suivront notamment "Marchands et banquiers au Moyen Age" (1957), "L'imaginaire médiéval" (1985) ou une biographie de "Saint Louis" (1995), une quarantaine d'ouvrages au total, parmi lesquels "La naissance du purgatoire" (1981) restait son préféré.

Dans les années 1970, Jaques Le Goff a été l'un des pères du mouvement de "la Nouvelle histoire" et son travail de médiéviste s'est accompagné en permanence d'une réflexion sur le métier d'historien, avec notamment "Faire de l'histoire" (1986, avec Pierre Nora) ou "Histoire et mémoire" (1988). AFP

 


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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 19:39

Selon le chroniqueur anglais Mathieu Pâris, mort en 1259, Richard Cœur de Lion aurait survécu durant douze jours après avoir reçu un trait d’arbalète pendant le siège de Châlus « le sept des calendes d’avril » (26 mars). Au moment de son agonie, le roi aurait exprimé la volonté expresse que son corps fût inhumé à Fontevrault aux pieds de son père qu’il avait trahi. Il aurait aussi souhaité que ses entrailles fussent ensevelies dans l’église du château de Châlus et toujours selon Pâris « il légua à l’église de Rouen son cœur invincible ». Sa mort survint « le huit des Ides d’avril » (6 avril 1199).

gisant richard0002Cathédrale de Rouen ( gisant de Richard Coeur de Lion)

 

Pourquoi Rouen ? Dix ans plus tôt, en 1189, à la mort de son père Henri II, Richard avait été sacré en effet duc de Normandie. Cette province constituait avec l’Angleterre un véritable « noyau dur » de la domination des Plantagenets sur l’ensemble de leurs territoires, comme l’a souligné l’historien Martin Aurell. Il était donc logique, dans une perspective purement politique, que la cathédrale de Rouen puisse hériter d’une relique aussi prestigieuse. De fait, la cathédrale actuelle ( dont une partie de la façade et de la nef date de la seconde moitié du XIIème siècle) conserve d’importants souvenirs des Plantagenets : dans le déambulatoire les gisants de Richard Cœur de Lion et de son frère Henri le Jeune et dans le trésor la cassette ayant contenu le cœur de Richard..

cathedrale_rouen.jpg

cathédrale de Rouen

 

La tradition d’ensevelir le cœur d’un souverain est fréquente chez les rois capétiens et aussi valoisiens. Au Moyen Âge, on réalisait généralement trois gisants : un gisant d'entrailles, un gisant de cœur et un gisant de corps. Le roi était ainsi honoré par trois tombeaux. Cette multiplication des sépultures était également liée aux difficultés de conservation des corps lors de leur transport. Après le décès, on ouvrait le ventre du défunt et on en retirait les viscères. Puis on procédait à l'ablation du cœur. A Saint-Denis, les ossements et le cœur de Saint-Louis furent ainsi acheminés depuis Carthage dans des pots le 21 mai 1271 après plusieurs mois de trajet…

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 14:51

 

Après l’événement de Châlus en Limousin où un carreau d’arbalète lui fut fatal, le corps de Richard Cœur de Lion fut transporté en Anjou. On sait que sa mère Aliénor était venue assister à ses derniers instants, ainsi qu’elle l'écrit elle-même dans un acte authentifié. Il s’agit d’ une charte de donation rédigée le 21 avril 1199 par Aliénor en faveur de l’abbaye Notre-Dame de Turpenay,  : “… parce que notre très cher abbé de Turpenay a assisté avec nous à la maladie et à la mort de notre très cher fils »1.  Sont également présents à Châlus, lors de l’agonie de Richard, les évêques de Poitiers et d’Angers, l’évêque Hugues de Lincoln, l’abbé Pierre Milon (ou Million) de l’Abbaye du Pin, aumônier de Richard et Luc, abbé de Turpenay.  Il est possible toutefois que la dépouille du roi le plus emblématique de la dynastie des Plantagenets ait pu transiter brièvement par Chinon où se trouvait la résidence favorite de cette famille. Henri II, le père de Richard, était mort en 1189 dans le château de cette ville où il avait fait édifier le fort Saint-Georges. Reste que c’est à Fontevraud, non loin de Chinon, que Richard fut conduit in fine.

  isabelle_richard.jpg

les gisants d'Isabelle d'Angoulême et Richard Coeur de Lion à Fontevraud

 

La nécropole royale de cet ensemble monastique exceptionnel abrite les gisants d’Henri II, de son épouse Aliénor, de son fils Richard Cœur de Lion, d’Isabelle d’Angoulême devenue reine d’Angleterre après son enlèvement retentissant par Jean sans Terre, également fils d’Henri II. Formé de cinq prieurés, ce monastère était chef de l’ordre mixte fondé par Robert d’Arbrissel en 1099 et il fut ensuite richement doté par les Plantagenets.

fontevraud_abbaye.jpg

nécropole royale de Fontevraud et les sept absidioles du chevet

C’est à l’abbaye de Fontevraud que la reine Aliénor se retira sur la fin de ses jours. Elle y fut à son tour ensevelie en 1204. Voici la liste des noms de la famille royale qui rejoignirent ainsi Henri II dans sa nécropole : Isabelle d'Angoulême, sa belle-fille, morte à Fontevraud sous l'habit religieux, Raymond VII de Toulouse, son petit-fils. Il faut noter que le cœur du roi Jean-sans-Terre, son fils, le cœur du roi Henri III, son petit-fils, y furent également transférés.

lire aussi



1 Charte d'Aliénor d'Aquitaine rédigée à Fontevraud le 21 avril 1199, publiée par Antoine Perrier dans le bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin, Tome 87, 1958, page 50

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 15:56

La commune de Châlus1 (Haute-Vienne) possède deux châteaux qui ont appartenu aux vicomtes de Limoges : Châlus-Maumont implanté dans la partie basse de la ville et Châlus-Chabrol situé sur la colline qui domine l’agglomération. La notoriété de ce lieu est indissociable d’un événement resté gravé dans l’histoire de France : c’est en effet à Châlus que Richard Cœur de Lion reçut le 26 mars 1199 une blessure mortelle d’arbalète. A cette époque la province limousine était placée entre deux feux : d’un côté le roi d’Angleterre Richard I ( dit Cœur de Lion), duc de Normandie, duc d’Aquitaine et comte du Poitou (1157-1199), de l’autre le roi de France  Philippe Auguste (1180-1223). Le roi Richard revenait d’une période de captivité en Autriche et en Allemagne après s’être battu vaillamment contre Saladin à la Croisade. Et il avait entrepris une véritable reconquête du royaume hérité de son père Henri II Plantagenet, d’où sa présence au siège de Châlus en 1199.

 

chalus_large.jpg

le site de Châlus-Chabrol et son donjon (XIème s.)

 

La raison de ce siège est à rechercher de toute évidence dans l’incessante lutte entreprise par les Plantagenets contre les vicomtes de Limoges  et autres seigneurs de Rochechouart, Aubusson, Turenne, Comborn, Ventadour qui avaient acquis une grande indépendance à l’égard des ducs d’Aquitaine.  Car Henri II Plantagenet avait officiellement pris le contrôle de toute cette région depuis 1152, à la faveur de son mariage avec Aliénor, héritière du duché d’Aquitaine. Le siège de Châlus est bel est bien un épisode de la reconquête d’un territoire revendiqué par l’Angleterre même si une légende veut qu’un trésor caché dans le château ait pu attirer les convoitises de Richard.

 

 

Des deux châteaux que possédaient les vicomtes à Châlus, quel est celui qui fut assiégé en 1199 par Richard Cœur de Lion ? La thèse généralement admise est qu’il s’agit de Châlus-Chabrol, qui faisait partie dés le XIème siècle, selon Roger Boudrie, «  des défenses de la marche frontière de la vicomté de Limoges ». Une chapelle y est mentionnée en 1095 comme étant la propriété de l’abbé Gérald de Saint-Augustin de Limoges. C’est du haut du détail église chalus0000donjon du château de Châlus-Chabrol que le chevalier Pierre Basile est présumé avoir décoché le trait d’arbalète qui blessa Richard à l’épaule. Dans les heures qui suivirent, on ne put extraire le fer et l’infection fit le reste. Le roi d’Angleterre, avant de mourir, aurait demandé qu’on laisse la vie au tireur qui l’avait atteint mais cette dernière volonté ne fut pas respectée et on écorcha vif le chevalier Pierre Basile, selon certaines chroniques. Alienor serait venue de Fontevrault auprès de son fils qui aurait exprimé le souhait que son corps soit enterré à Fontevrault, son cœur dans la cathédrale de Rouen et ses entrailles à Châlus…



1 Châlus est un dérivé de « castelllum », signifiant « fortification ». La formation du toponyme peut être située aux origines de la féodalité

 

ci-contre un détail de l'ancienne chapelle castrale construite vraisemblablement au XIème siècle. A l'origine, l'église romane était formée d'une nef unique à trois travées avec un faux transept et une abside à cinq pans ( R. et M-A Boudrie, janvier 1989)

 

à voir ci-dessous la bande annonce du film de Ridley Scott "Robin des Bois" qui relate notamment la mort de Richard Coeur de Lion à Châlus

 

 


 

 

 


 

 

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 17:24

Le village fantôme de Courbefy fait depuis quelques semaines le "buzz" sur le web.  En 1863, un érudit originaire de la région, M. Félix de Verneilh, décrivait ainsi cette colline spectaculaire dans le paysage du sud de la Haute-Vienne: « Courbefy, avec son site désolé, envahi comme autrefois par des bruyères et des buissons que l'on ne coupe jamais, avec ses immenses fossés et ses remparts, d'où la vue plane sur tout le Limousin et le Périgord depuis les montagnes de Grandmont jusqu'au Cantal, jusqu'aux coteaux du Bordelais et de la Saintonge; Courbefy est grandiose, imposant même… »



Courbefy est situé sur le territoire de la commune de Bussière-Galant ( Haute-Vienne). C'est aujourd’hui un hameau déserté, naguère village de vacances, où une pancarte routière invite le visiteur à découvrir une bien modeste chapelle. Il s’agit en fait de la reconstruction, dans le courant du XVII° siècle d’une église médiévale dont les titres liturgiques étaient la Vierge et Saint-Eutrope. On la date généralement du XIII° siècle et elle possède quelques belles pierres tombales dont celle du prêtre François Cabirol ( 1592) visible juste devant l’autel. Certains historiens ont fait de Courbefy, sans preuves formelles, le lieu de naissance de Saint Waast  ou Vaast (mort en 540), évêque-missionnaire d’origine aquitaine qui fut chargé d’instruire Clovis dans la religion catholique. On prête aussi à Courbefy l’existence d’un ancien oppidum gaulois, en raison de la présence d’un double fossé qui demeure assez mystérieux par ses dimensions. Mais l’existence d’un castrum médiéval peut aussi expliquer, comme à Chalucet, la présence de ces cavités. Aujourd’hui, il ne reste plus que quelques ruines de l’édifice au milieu des broussailles. C’est suffisant pour découvrir que ce château féodal occupait une position stratégique. Nous sommes ici sur le rebord d’un plateau où l’altitude atteint 554m, ce qui constitue un des points culminants des Monts de Châlus entre Périgord et Limousin.

Le castrum

Tout indique que le château fut construit sur ordre des vicomtes de Limoges, la forteresse faisant visiblement partie de la ligne de défense de la vicomté, installée en limite du Périgord. Les vestiges encore visibles au XIX° siècle ont permis d’en préciser l’architecture. Celle-ci ne paraissent pas antérieures au XIII° siècle. Des tours rondes flanquaient les courtines. La tour située à l’Est, d’une construction plus solide, était octogonale. Elle servait de donjon. Ses deux étages supérieurs présentaient une forme voûtée qui a pu être observée, bien que l’édifice se soit écroulé lors de la destruction un peu stupide ordonnée sous Louis XIV, alors que la sécurité publique n’était plus menacée.

Aperçu historique

Dés le XIII° siècle la forteresse de Courbefy est mentionnée dans les textes anciens. En 1261, elle faisait partie de la châtellenie de Saint-Yrieix. Elle était désignée dans l’hommage que les Vicomtes de Limoges rendaient au Chapitre pour leur domaine arédien. En 1272, le seigneur de Courbefy est Géraud de Maulmont qui possède d'autres places fortes (Châlucet, Châlus, Bré, Bourdeilles, Saint-Pardoux-la-Rivière, etc…). En 1336, Courbefy passe cependant en la possession du vicomte de Rochechouart . Celui-ci épouse en effet Jeanne de Sully, fille de Henry, grand bouteiller de France, et de Jeanne de Vendôme. Cette période est particulièrement troublée, en raison des affrontements contre les Anglais en particulier. En 1370, Bertrand du Guesclin, connétable de France, s’empare de Saint-Yrieix pour le compte de Jeanne de Penthièvre, vicomtesse de Limoges. Des forteresses comme Courbefy changent alors de main, mais sont reprises presque aussitôt. Divers documents témoignent de ces combats : « en avril 1372, Jean, sire de Pierre-Buffière, délivre une quittance de douze arbalètes, destinées aux forteresses du roi en Limousin ». Ce qui en dit long sur l’importance relative des moyens engagés à cette époque. Une autre quittance évoque « le siège de Courbefy pour lequel des charpentiers, maçons, perriers et manouvriers sont payés le 6 septembre 1404. » L’évacuation coûte alors 14 000 écus, après douze semaines de siège.

                                                 Les pillards

Comme d’autres forteresses- par exemple Chalucet-, le château de Courbefy fut occupé au début du XV° siècle par des garnisons de pillards qui mettaient à sac le pays. On avait, à la même époque, promis 200 livres au capitaine de Courbefy pour « garder une saison ses gens de piller et appatisser » la contrée. Plusieurs noms circulent : en 1435, Odet de la Rivière, seigneur de Château-Larcher l’occupait et « s’y conduisait comme en pays ennemi ». Puis il est question de Jean de Xantoux qui accepta de se retirer moyennant une rançon. L’argent plus efficace que les armes ? Courbefy fut bel et bien évacué par les pillards et, en 1438, le sénéchal du Limousin tenait une garnison dans la terrible forteresse.


 Les d’Albret

Au XV° siècle, Courbefy retrouva un peu de prestige. Des actes officiels y furent signés. On retrouve dans les archives une transaction en vertu de laquelle Guillaume de Bretagne, comte de Penthièvre, comte du Périgord et vicomte du Limousin, accorde à Bernard Dumas, prêtre, curé de la paroisse de Pageas en Limousin, le droit de dîme sur la dite paroisse. L'acte est passé à Courbefy, le 16 mars 1450. Courbefy dépendit de la baronnie de Chalucet et passa finalement entre les mains de Jean d’Albret, comte de Nevers et de Rhétel, baron de Donzy, seigneur d’Orval. Un procès eut lieu à l’issue duquel Courbefy et d’autres possessions revinrent à Alain d’Albret. Ainsi le Parlement de Bordeaux, par arrêt du 16 novembre 1514, reconnut Alain d’Albret seul et légitime propriétaire des « châteaux et terres de Maulmont, Chalus-Chabrol, Chalucet Courbefy et Solignac, » à la charge, toutefois, de verser au seigneur d’Orval une somme de 5,944 livres, 4 s. 1 d., monnaie tournoise. Ce paiement fut effectué le seize novembre de la même année, à Châlus, entre les mains de Martial Douhet, marchand de Limoges. Alain d’Albret avait épousé Françoise de Bretagne. Leur fils fut roi de Navarre. Ainsi furent réunies dans les mêmes mains la vicomté de Limoges et la seigneurie de Châlucet. Mais les possessions de la famille d'Albret furent peu à peu démembrées. Henri IV et sa sœur, comme représentants de la prestigieuse maison, vendirent Courbefy en 1600. Après les d’Albret, la forteresse fut possédée successivement par les seigneurs de Jumilhac, de Brie et de Ribeyreix , lequel en a été le dernier possesseur. Le château fut finalement démoli en 1669, car il était redevenu un repaire de brigands…

Légendes et tradition orale

Bâti dans un but purement militaire, le château de Courbefy était une résidence sans aucun confort et ne fut jamais habité par des familles seigneuriales établies sur le lieu. Quant à l'église de Courbefy, elle fut détruite avec le château. On utilisa la poudre à canon pour la faire exploser, comme en témoignaient encore au XIX° siècle des pans de murs tombés d'une pièce. La paroisse de Courbefy était minuscule et avait pour réputation l'extrême pauvreté de sa population. Avant la révolution, selon Félix de Verneilh, un prêtre y vivait en ermite, sans dîmes, sans portion congrue, c'est-à-dire du travail de ses mains, comme un moine du Moyen âge. On raconte encore que, à défaut de clocher et de cloche, il convoquait les fidèles avec une bargue, l'instrument dont les paysannes du Limousin se servaient pour broyer le chanvre. Cette affirmation devint légende, le jour où on retrouva mention de la cloche de l'église qui avait bel et bien existé. Autre fait retenu par la mémoire populaire: Courbefy aurait été jadis une petite ville nommée « de Lébret ». Peut-être est-ce une référence à la famille d'Albret qui avait possédé le lieu.

Courbefy, carrefour antique ?


Selon la carte archéologique de la Gaule, Courbefy était placé à un carrefour important de deux voies d'origine pré-romaine. L'une de ces voies est connue par les historiens comme la « diagonale d'Aquitaine » Bourges (Avaricum)-Bordeaux (Burdigala). L'autre voie, explorée par des archéologues, est connue comme la route des métaux, vieil itinéraire antique qui reliait l'Armorique à la Méditerranée. D'anciennes cartes de voies romaines y ont également situé le Curvifines mentionné dans l'itinéraire d'Antonin sur la route reliant Vesunna ( Périgueux) à Augustoritum (Limoges).

 

 

 

 

 

Christian Bélingard

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 17:40

  courbefy 5584

 

 

Voici quelques liens qui témoignent de l'incroyable notoriété acquise en quelques jours par le village "fantôme" de Courbefy (commune de Bussière-Galant, Haute-Vienne, France) mis en vente le 20 février dernier au tribunal de Limoges

the telegraph

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Alors, pour tous ceux qui ne peuvent pas faire le déplacement, voici quelques images du site afin de répondre au nombre très important de visites que suscite cet étonnant engouement pour le lieu historique déjà décrit par ailleurs sur ce blog

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 18:04

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dimanche 26 février 2012, Courbefy

 

A Courbefy, commune de Bussière-Galant (Haute-Vienne) le passé parle encore au visiteur même si la vieille forteresse des vicomtes de Limoges n'est plus qu'un tas de ruines dont il ne subsiste que quelques fondations et où il devient de plus en plus dangereux de s'aventurer. Mais ce n'est pas l'histoire médiévale tumultueuse de ce site qui attire les foules en cette fin d'hiver, ni même les fontaines à dévotions depuis longtemps tombées en désuétude. Non, le succès de fréquentation de la vieille colline qui se dresse aux confins du Limousin et du Périgord est du depuis quelques jours à ce qu'on appelle de nos jours un "buzz" médiatique.

 

Ce dimanche 26 février, de nombreux habitants de la région mais aussi de départements plus éloignés et d'étrangers (anglais, hollandais) se sont précipités pour découvrir l'objet de toutes les convoitises: un village de vacances à l'abandon mis en ventes aux enchères pour la modique somme de 330 000 euros. Si l'audience qui s'est tenue le 20 février au tribunal de Limoges n'a pas permis de trouver un acquéreur, il semble que depuis les propositions aient afflué dans le cabinet d'avocats chargés de cette vente...

 

Pour ceux qui veulent en savoir davantage sur l'histoire de ce site, voici un article publié sur "Limousin Medieval" depuis le 14 novembre 2009 et auquel je vous invite à vous référer. Vous êtes déjà plus de 5000 à l'avoir fait ces derniers jours...

 

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  • Christian Bélingard
  • je suis originaire du pays des  Lémovices, je suis passionné par l'histoire médiévale et je pratique le vélo à titre de loisir. Expérience marquante: une randonnée de dix jours sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle.
  • je suis originaire du pays des Lémovices, je suis passionné par l'histoire médiévale et je pratique le vélo à titre de loisir. Expérience marquante: une randonnée de dix jours sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle.

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Mes livres

j'ai le plaisir de vous présenter ici les trois ouvrages que j'ai publiés à ce jour:
  • Un village arédien sur la route de Compostelle, Fanlac 1997
  • De Vézelay à Saint-Jacques-de-Compostelle, Editions Sud-Ouest, 2001
  • Limousin, Editions Sud-Ouest, 2006

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Le chevalier au Lion

Goulfier de Lastours,héros de la 1ère Croisade - kewego
Un chercheur, Jean-François Gareyte, a retrouvé un manuscrit à Madrid qui relate les périgrinations d'un chevalier limousin lors de la première Croisade. Pour en savoir plus: http://www.le-limousin-medieval.com/