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Dans un acte en latin de 1342, le lieu de Masléon ( aujourd’hui commune de Haute-Vienne, canton de
Châteauneuf-la-forêt) est qualifié de « ville neuve » (1). C’est-à-dire- d’autres documents le démontrent- une ville franche du même type que celles établies en grand nombre dans
d’autres provinces voisines du Limousin comme la Guyenne ou le Périgord et qui portaient aussi le nom de « Bastides » ( en occitan « bastidas »). La célèbre charte de Lorris
en avait imposé le modèle dans la seconde moitié du XIIème siècle. C’était le moyen pour les paysans, les « vilains », les « serfs » d’échapper à leur condition servile, mais
il fallait à l’origine rester un an et un jour dans ces villes franches pour échapper à la mainmise du seigneur ( le « bourgeois » était libre notamment de corvées et de
taille).
l'église de Masléon (XIVème siècle)
A l’origine des villes franches, on trouve ainsi la volonté royale de mettre en valeur un grand nombre de terres
incultes au XIIème et au XIIIème siècle. Dans le cas de la "ville neuve" de Masléon, existe précisément un texte cité par l’historien Baluze indiquant que cette « bastide » unique en
son genre en Limousin fut créée par décision du Roi de France en la personne de Philippe IV « le Bel » : « Rex fecit in lemovicensi bastidam dictam…de Malo Leone, quam ad
manum suam tenet ». (2) Comme l’a souligné Louis Guibert (3), la volonté du roi paraît ici de tenir à sa main une contrée frontalière des possessions anglaises et également gouvernée par de
puissantes familles ( Chateauneuf, Legonac, Amalvin ...).
On sait encore que la « ville neuve » de Masléon fut créée en 1289, selon les Chroniques de Saint-Martial: « item, anno Domini M°. CC° .octogesimo nono, incepit villa Mansi
Leonis. » (4). L'église fut construite à cette époque, avec comme fête patronale l'Assomption de la Sainte-Vierge. Mais elle dépendait de l'église de Roziers Saint-Georges. En 1342,
selon l'abbé Lecler, il fut permis aux habitants de construire également une chapelle au lieu de « Villeneuve de Masléon », chantier qui avait entrepris dés l'origine par les Consuls
qui géraient cette bastide mais qui avait été refusé par les autorités du diocèse. Celles-ci finirent par accepter au motif que les habitants avaient beaucoup de difficultés à emprunter le chemin
dangereux et escarpé qui conduisait à l'église mère de Rosiers. Mais la chapelle resta dépendante de cette dernière.
Les consuls de la Ville neuve de Masléon entretenaient des liens étroits avec le bailliage voisin de Laron
puisqu'un texte indique qu'ils en étaient également officiers. On sait que cette bastide existait encore au XVème siècle, puisqu'un document en fait foi (5). Mais ensuite on perd sa trace. Le
phénomène des « villes neuves » et « bastides désertées » est bien connu et a été analysé notamment par Charles Higounet: « la plupart de ces créations médiévales sont
restées, en réalité, ce qu'elles voulaient être d'ailleurs, de très petits ou médiocres villages d'agriculteurs ». (6)

Certaines de ces bastides sont toutefois devenues des ville importantes comme Libourne ou Montauban. Masléon est restée une modeste commune rurale de la Haute-Vienne qui comptait seulement 350
habitants en 2007. Les traces de la « ville neuve » ont toutes disparu, à l'exception notable de l'église du village. Il est également intéressant de retrouver sur la carte IGN le plan
géométrique de la bastide médiévale, avec des rues se coupant à angle droit et une place centrale où se trouvaient non seulement l'édifice religieux mais aussi la maison commune des
consuls.
(1)Archives départementales de la Haute-Vienne, fonds de l’Evêché, liasse 4087
(2) Armoires de Baluze, Arm. I, tome XVII , folio 92
(3) BSHAL, tome 41, p 70
(4) Chroniques de Saint-Martial, Duplès Agier, p 137
(5) Archives de Vienne, C 390
(6) Villages désertés et histoire économique, SEVEPEN, Paris, 1965, p 253