Noël 1095 : le pape prêcha la croisade à Limoges

Publié le par Christian Bélingard

La présence du pape Urbain II à Limoges à la fin de l’année 1095 est notamment attestée dans un document conservé à la bibliothèque nationale ( voir en fin de texte). Dans un ouvrage consacré aux chevaliers limousins ayant participé à la première expédition en Terre Sainte, l’abbé Arbellot a donné de nombreux détails sur cette visite pontificale dans le diocèse de Limoges. Plusieurs sources confirment que le pape y prêcha effectivement la première croisade.chapiteau-Saint-Martial.jpg                                                     chapiteau de l''Eglise du Sauveur (abbaye

Saint-Martial de Limoges, XIème siècle)

Selon Geoffroy de Vigeois, le pape était venu d’Auvergne où il avait auparavant délivré la même prédication à Clermont-Ferrand. Urbain II s’était arrêté en chemin à Uzerche le jour de la Saint-Thomas (21 décembre 1095). Le jour de Noël de la même année, le souverain Pontife était à Limoges où il célébra la messe de minuit dans l’église des religieuses dite de La Règle. Le lendemain des Saints-Innocents (29 décembre), il consacra l’église cathédrale de Limoges en l’honneur du premier martyr (Saint-Etienne). Deux jours plus tard, il consacra cette fois la basilique de Saint-Martial. Geoffroy du Chalard, qui fut plus tard canonisé, aurait assisté à ces deux événements.

On peut ainsi lire dans la Vie de Saint Geoffroy du Chalard que le Pape avait exhorté à plusieurs reprises la foule des fidèles à faire le voyage de Jérusalem. Un passage de ce texte est particulièrement éloquent : « ainsi le cri Dieu le veut ! Dieu le veut ! qui après le discours du Pape avait retenti au Concile de Clermont fut répété avec le même enthousiasme à Limoges par l’assemblée des Chevaliers et la multitude du peuple. »

Dans le récit de Geoffroy de Vigeois, c’est la densité de cette foule qui est soulignée : « après la cérémonie de la dédicace de Saint-Martial, le pape sortit en plein air pour bénir les peuples, dont la multitude était si grande, que tout autour de la ville, à une distance de mille pas, on ne voyait que des têtes d’hommes. Les offrandes furent si abondantes que le tronc placé près du sépulcre de l’apôtre ( voir la note en bas de page) en regorgeait et que les autres troncs de la basilique en furent également remplis. 

Urbain-II-pr-che-la-croisade-copie.jpgSaint Urbain II prêchant la croisade
B.N.F., français 5594, XVème siècle

 

Après la prédication de Limoges,  toute la région fournit de nombreux croisés. Guillaume X, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine était alors le plus puissant vassal de la couronne de France. Il appela sous sa bannière tous les grands vassaux de la province limousine : Adémar, vicomte de Limoges, plusieurs membres de la famille d’Aubusson, les Autier, Beaupoil, Béchade, Boine, Bonneval, Bort, Brachet, Brosse, Carbonnières, Chamborand, Châteauneuf, Comborn, Cosnac, Coustin, Desmontiers, Faydit, L’Hermite, Lambertie, Lasteyrie, Lastours, Lubersac, Lusignan, Magnac, Noailles, Peyrusse, Pierre-Buffière, Rancon, Rochechouart, Roffignac, Royère, Saint-Georges, Turenne, Ventadour, Veyrac, Villelume figurent dans le relevé publié par André Lecler dans son Dictionnaire Historique et Géographique de la Haute-Vienne (1920-1926).


Note:

A cette époque Saint-Martial avait été élevé localement au rang de compagnon du Christ, ce qui était évidemment faux
Source:

Dédicace de l’église Saint-Martial-de-Limoges par le pape Urbain II en l’an 1095 : B.N, fonds latin, ms 3784, folio 132 (XIème siècle)

 

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